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COTTAVOZ, le Peintre par George BESSON 1957

COTTAVOZ, le Peintre par George BESSON 1957

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Article publié dans LES LETTRES FRANÇAISES en mai 1957, par George BESSON, critique d’art et collectionneur (1882-1971). Numéro 671 du 16 au 22 mai.

COTTAVOZ, le peintre.

Il faut reconnaître que le succès d’un peintre, malgré la crédulité des amateurs d’art, ne dépend pas toujours de l’habileté des stratèges de la publicité.

Je fais cette constatation en remarquant la rapidité avec laquelle deux provinciaux, Jean FUSARO et André COTTAVOZ (l’un et l’autre lauréat du prix FENEON) firent la conquête de Paris.
C’est par l’originalité de leur vision, c’est par leur technique de bons ouvriers que ces deux Rhodaniens prennent une place de plus en plus éminente parmi les jeunes peintres réalistes français.
Drôle de gens que ces lyonnais !

Ou bien ils croupissent entres deux fleuves et c’est cinquante ans après leur mort que l’on commence à chuchoter leurs noms, ceux de CARRAND, de VERNEY par exemple, l’un et l’autre peintres de génie, sans convaincre d’ailleurs les braves parisiens qui ne demandent qu’à être dupés.
Ou bien ils lâchent leurs pots de beaujolais et « montent » à Paris pour revendiquer un espace vital qui leur semble être dû dans les journaux et sur le marché de la peinture.

Beaucoup se cassent la gueule. Voici COTTAVOZ de nouveau à Paris (galerie de l’Art Vivant) avec sa « petite sensation » comme disait Cézanne.

J’ai trouvé dans les œuvres admirables et peu connues de Félix Fénéon (Gallimard édi. ) une page consacrée à la technique d’un très grand bonhomme: feu Charles ANGRAND, ami de SEURAT et de SIGNAC:  » Sa brosse, d’une violence rusée- écrivait Fénéon- travaille et triture ingénieusement une pâte épaisse et plastique, la configure en relief, l’érafle, l’écorche, la guilloche et la « papelonne » (lui donne forme d’écaille) ».

Cette définition écrite en 1884 à propos d’œuvres néo-impressionniste peintes en 1883, s’applique, dans une certaine mesure au métier de COTTAVOZ qui, lui  » triture une pâte épaisse et la configure en reliefs ». Et quels reliefs dans ses formes « clapotantes » qui se pénètrent et paraissent s’entre-dévorer !

Une vrai technique de maçon! Il n’y a rien de péjoratif dans cette classification. Cent et mille façons de peindre sont possible depuis le léger badigeon qui ne laisse sur la toile qu’une pellicule d’essence colorée et sera rapidement un déjeuner de poussière, jusqu’à la mayonnaise grisâtre de BOUCHE, jusqu’à l’épais crépi , irrégulier et multicolore assuré de bien vieillir cher à COTTAVOZ.

Il n’y a rien de gratuit dans cet agencement de pigments, rien qui fassent penser à l’opportunisme de certains objets de l’abstrait. Cette technique de hauts reliefs paraît nécessaire à un peintre soucieux d’arriver, par empâtements successifs, à la qualité, à la densité du ton désiré et à l’harmonie général du tableau.

Chez FUSARO, la lumière déshabille les lignes. Chez COTTAVOZ, la lumière joue à travers les dédales de plans. D’où une puissance de suggestion aussi éloignée d’un lyrisme purement imaginatif que de la plate analogie.

Où l’on ne vit d’abord qu’éléments d’une mosaïque, un paysage, un nu, un portrait très vivant surgissent avec autorité parce que solidement écrit dans la masse, et se révèlent avec une vérité que le rusé COTTAVOZ avait tenue captive pour nous réserver le bonheur de la découverte.

George BESSON

Extrait de LYON et L’ART MODERNE 1920-1942 de BONNARD a SINGNAC
Musée PAUL-DINI Villefranche sur Saône.

LYON vu par COTTAVOZ en 1959